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LE PASSÉ DE CITROËN > LES ANCIENNES > CITROËN SM (1970-1975)
Le projet de créer un coupé ou un coach sportif sur la base u projet VGD (Véhicule de Grande Diffusion - CITROËN DS) existait depuis l'origine de l'étude. La DS naît en 1955, mais, si les projets de coupés se suivent, il faudra attendre que CITROËN saisisse l'opportunité d'acheter Maserati pour que cette idée voit le jour sous la forme d'une impressionnante voiture dénommée SM. Cette dernière, fort douée, sera cependant sacrifiée en 1974, lors de la cession de la marque, sous prétexte de consommation excessive. Il n'en fallait pas plus pour créer une nouvelle icône dans le panthéon CITROËN !
Si les projets d'une version sportive de série de la CITROËN DS ne manquaient pas, ils ont connus de multiples développements au fil des années. Dès 1954, Flaminio Bertoni avait dessiné des coupés ou des coaches DS. Lors de la réalisation des cabriolets et des dérivés Chapron de la DS, d'aucuns avaient espéré en voir naître une version sportive, mais les DS Chapron n'étaient que de très élégants écrins sans aucun chromosome sportif. Qu'il était le fruit des recherches du bureau d'études CITROËN ou celui de créateurs externes à la marque, chaque projet butait sur la mécanique de la DS qui, à cause de sa filiation directe avec la 11 CV (Traction Avant), ne pouvait guère prétendre faire des étincelles. En compétition, la DS s'en sortait certes fort bien, sans doute beaucoup grâce au talent de ses pilotes, mais sa mécanique sans prestige ni sportivité lui fermait de nombreuses portes.
A la fin des années 1960, la marque italienne de voitures de sport Maserati est au bord du gouffre. Malgré un passé prestigieux, une mauvaise gestion l'a mise en situation de faillite. Maurice Ravenel, président de CITROËN, y voit l'occasion d'acquérir un savoir-faire et une image de marque tout autant que des mécaniques sportives déjà éprouvées. CITROËN passe un premier accord avec Maserati en 1968, vite suivi d'une prise de contrôle majoritaire des chevrons sur le trident. Le projet de la DS Sport peut alors rebondir, et l'ingénieur Alfieri, le sorcier de la mécanique Maserati, se voit confié la tâche de développer un moteur V6 pouvant intégrer le capot de la DS mais ne dépassant pas 15 CV pour échapper à la supervignette. De ces contraintes diverses naîtra un coupé GT, qui prendra le nom de SM, conjuguant le S du projet DS Sport et le M de Maserati.






Une nymphe au sang chaud
Si, du côté de la mécanique, les choses semblent entendues, le projet DS Sport avait tant évolué et dans différents styles qu'il devenait nécessaire de tout remettre à plat. La disparition de Bertoni a logiquement abouti à la reprise du bureau de style par son talentueux bras droit Robert Opron. De Bertoni, l'homme a le talent d'artiste, mais, du Corbusier, il tint le sens de l'esthétique épurée. En quelques mois, il dessine pour la SM une superbe robe élancée, avec un long capot suivi d'un habitacle court. On retrouve sur la SM les traits et les constantes communes aux CITROËN de cette génération : deux volumes, un arrière tranché, des ailes arrière enveloppantes.
En plus de tout cela, Robert Opron apporte un supplément de personnalité par trois traits de création, qui symbolisent la SM. Son hayon avec bulle panoramique est une grande nouveauté doublée d'une prouesse technique qui fera école pour de nombreuses voitures françaises et étrangères. Le succès de son profil tient beaucoup à l'épaulement au niveau de la vitre de custode, qui virilise la ligne de caisse tout en assurant une jonction élégante avec la ligne de pavillon. Enfin, la vitrine derrière laquelle sommeillent les quatre phares du fauve est elle aussi une prouesse technique autant qu'une réussite esthétique. Seule l'improbable pièce de fonderie faisant pare-chocs rappelle l'influence encore présente du baroque Bertoni. Lorsque la SM paraît en 1970 au Salon de Genève, une belle carrière s'ouvre à elle, et la presse est unanime pour saluer sa beauté et sa puissance conjuguées.






Une fulgurante carrière
La SM n'est réellement commercialisée qu'à l'automne 1970. Une seule version existe, à moteur V6 à carburateurs. La presse, qui l'a essayée en exclusivité, est la première à saluer sa tenue de route exemplaire, sa puissance et son élégance. Cette dernière est magnifiée par des catalogues somptueux dont l'illustration est confiée à la célèbre photographe Sarah Moon, qui livre à CITROËN une œuvre magnifique de poésie et de raffinement.
Dès les premiers mois de 1971, la SM entame une carrière en compétition et remporte le Rallye du Maroc, pilotée par le tandem Deschazeaux-Plassard. La communication du constructeur pour les mois suivants est simple : " SM, première sortie, première victoire ! "


L'année suivante, la SM reçoit la distinction de " Voiture de l'année " remise par le magazine automobile américain " Motor Trend ". Au printemps 1972, pour répondre aux remarques de la presse tout autant que de la clientèle, CITROËN dévoile la SM à injection électronique destinée à remplacer la version à carburateur pour le millésime 1973. L'injection montée sur les SM est celle d'origine Bosch déjà apparue sur les DS 21 en 1969. L'adjonction de l'injection permet à la SM de voir sa puissance augmenter de 170 à 178 chevaux, tandis que la vitesse maximale grimpe de 220 à 228 km/h. Les deux avantages de ce changement sont une consommation légèrement réduite et, surtout, une souplesse de conduite meilleure.
Mais l'époque est contre la SM. Les limitations de vitesse à 90 km/h sur route et surtout à 130 km/h sur autoroute tuent toute possibilité de commercialiser une voiture de haut de gamme en France. Survient ensuite, en décembre 1973, le choc pétrolier dû aux spéculations des pays producteur de pétrole. C'est le coup de grâce pour la SM, qui devait déjà lutter contre un prix d'achat irréaliste et un service commercial incapable d'assurer l'entretien exigeant de la mécanique.






La fin de la SM est programmée par la direction de CITROËN, qui se dépat dans des soucis de gestion. La fabrication des dernières dizaines du coupé SM est délocalisée chez Ligier. En 1974, CITROËN est cédée à Peugeot par Michelin et, dès mai 1975, la direction de Peugeot-CITROËN, majoritaire dans Maserati, prononce la liquidation de la marque italienne. Peugeot a dès lors un prétexte pour annoncer la cessation de la production de la SM, en se réfugiant officiellement derrière les limitations de vitesse. La courte carrière de la SM aura précipité l'élaboration du mythe, qui fait de cette exceptionnelle automobile l'apogée de la créativité de la marque aux chevrons.
La CITROËN SM presidentielle
Deux limousines présidentielles décapotables seront réalisées sur commande de Georges Pompidou par le carrossier Henri Chapron. L'Elysée utilisera ses véhicules CITROËN à des nombreuses occasions prestigieuses...








